Accompagner sans parler à la place
Poser une planche devant quelqu’un ne suffit pas. Ce qui se joue ensuite tient à l’attitude de la personne qui est en face, et c’est la partie la plus difficile.
Words Within Reach est un support de communication libre et gratuit. Ce n’est ni un dispositif médical, ni un avis médical, ni un programme de rééducation. Cette page décrit des manières de faire, elle ne remplace ni l’avis d’un orthophoniste, ni l’accompagnement décidé avec la personne et ses proches.
Le point de départ : la personne comprend
On s’adresse à elle directement, avec les mots de son âge, pas à son accompagnant par-dessus son épaule. On ne parle pas d’elle à la troisième personne alors qu’elle est dans la pièce. Une difficulté à parler n’est pas une difficulté à comprendre, et personne n’a jamais perdu à supposer chez l’autre plus de compréhension qu’il n’en montre.
Montrer, sans rien demander
La façon la plus efficace d’apprendre à quelqu’un à se servir d’une planche est de s’en servir soi-même en parlant : on dit « tu veux boire ? » en touchant les cases « boire », on dit « on a fini » en touchant « fini ». Rien n’est exigé en retour. Une revue de la recherche consacrée à cette pratique, où le partenaire de communication montre les pictogrammes pendant qu’il parle, en a examiné les effets sur l’acquisition du langage chez des personnes ayant des besoins de communication complexes : c’est l’une des pratiques les mieux étudiées du domaine.
Un ordre de grandeur utile : quelqu’un qui apprend à parler entend des dizaines de milliers de mots avant de dire le sien. Il n’y a pas de raison qu’une planche fasse exception : elle se montre longtemps avant d’être employée.
Laisser le temps
Le silence qui suit une question n’est pas un refus de répondre : c’est souvent une réponse en chemin. Chercher une case, lever la main, viser, appuyer : chacun de ces gestes prend du temps, et le réflexe de terminer la phrase à la place de l’autre est le plus difficile à défaire. Compter lentement jusqu’à dix avant de relancer paraît interminable au début, et ne l’est plus au bout de quelques jours.
Ce qui transforme un outil en corvée
- Demander « montre-moi le chien » pour vérifier que la personne sait. Une planche sert à dire, pas à prouver.
- Ne sortir la planche qu’au moment où l’on attend une réponse : elle devient alors un interrogatoire.
- Enchaîner les questions fermées. Elles vérifient nos hypothèses, elles n’en reçoivent aucune.
- Corriger la formulation. Une phrase de trois cases qui se comprend est une phrase réussie.
- Féliciter chaque geste comme une performance. On répond au message, pas à l’effort.
La planche reste là, tout le temps
Accessible en permanence, visible, à portée du geste, y compris quand personne ne la sollicite, y compris pendant les repas, les trajets et les moments calmes. Une planche rangée dans un sac ne sert à rien, et une planche qu’on ressort seulement en séance apprend surtout qu’on ne parle qu’en séance.
Elle ne se retire jamais comme une sanction. Retirer à quelqu’un le moyen de se faire comprendre, c’est retirer sa voix.
Accepter ce qui dérange
Une planche doit permettre de refuser, d’arrêter, de protester, de dire non, de dire qu’on n’aime pas, de demander à ce que quelqu’un s’en aille. C’est pour cela que « arrête » et « non » sont dans les douze cases présentes sur toutes les planches. Un outil qui ne permet que d’être poli et de répondre juste n’est pas un outil de communication : c’est un exercice. Et un refus exprimé par une case vaut mieux, pour tout le monde, qu’un refus exprimé autrement.
Les mots sont à la personne
Les prénoms de ses proches, ses plats, ses lieux, ses habitudes, ses sujets de conversation : ils s’ajoutent avec elle, pas à sa place, et ils se retirent si elle ne les emploie pas. Les photographies qu’elle choisit lui appartiennent, restent sur l’appareil, et ne partent nulle part. Voir mes planches.
La crainte la plus répandue
« Si on lui donne des images, il ne parlera jamais. » Une revue de la littérature portant sur vingt-trois études et soixante-sept personnes conclut que l’usage de la communication alternative n’a ralenti ni empêché le développement de la parole, et que la production orale a augmenté chez 89 % des participants. Ses auteurs précisent que six études seulement présentaient un contrôle expérimental suffisant : nous reprenons cette prudence telle quelle, sans en faire une promesse.
Ce qui relève d’un professionnel
Le choix d’un mode de communication pour une personne donnée, l’évaluation de ses besoins, l’organisation d’un accompagnement : cela appartient à un orthophoniste et à l’équipe qui la connait. Ce site ne juge personne, ne mesure personne et ne remplace personne. Il met à disposition un support gratuit, libre et imprimable, disponible tout de suite, y compris en attendant un rendez-vous.
Sources
- AAC Modeling Intervention Research Review, Sennott, Light et McNaughton, Research and Practice for Persons with Severe Disabilities, 2016, 41(2), p. 101-115 (notice ERIC) : revue des recherches sur la modélisation des pictogrammes par le partenaire de communication.
- The impact of augmentative and alternative communication intervention on the speech production of individuals with developmental disabilities: a research review, Millar, Light et Schlosser, 2006, résumé d’évaluation de la base DARE, National Library of Medicine (notice PubMed).
- Augmentative and Alternative Communication, portail de pratique de l’American Speech-Language-Hearing Association.
- Comment ça marche : les choix de conception des planches et leurs raisons.