Le coût réel des solutions de communication alternative
Le prix d’un outil de communication décide souvent s’il arrive vraiment jusqu’à la personne qui en a besoin. Entre les dispositifs dédiés, les applications sur tablette et les circuits de prise en charge, les montants réels restent difficiles à comparer.
Le prix d’un outil de communication n’est jamais un détail : il décide si une famille, une école ou un service hospitalier peut y accéder le jour où le besoin apparaît. Les dispositifs dédiés à la génération de parole et les applications du marché affichent des prix très différents, quand ils affichent un prix du tout.
Un prix rarement affiché
Tobii Dynavox, l’un des plus grands fabricants mondiaux de dispositifs de génération de parole, ne publie aucun prix sur les pages de ses appareils dédiés, comme le TD Snap ou le TD I-Series à commande oculaire. Chaque page produit renvoie vers une demande de devis auprès d’un consultant. Ce choix n’est pas anodin : le prix final dépend de la configuration retenue, du pays, et du circuit d’assurance ou de solidarité mobilisé.
Aucune page consultée sur le site du fabricant n’affiche de montant, quel que soit l’appareil choisi. Cette absence de prix public complique toute comparaison pour une famille qui commence seulement à chercher, bien avant même de savoir vers quel financement se tourner.
Une application à prix fixe
À l’inverse, une application de CAA installée sur une tablette grand public affiche un prix fixe et public. Proloquo2Go, une application de référence développée par AssistiveWare, se vend 299,99 dollars aux États-Unis et 299,99 euros dans la zone euro, en achat unique sur l’App Store. Une version pour ordinateur Mac se vend la moitié de ce prix. Ce montant reste dû même si l’usage effectif ne demande, au quotidien, qu’une fraction du vocabulaire proposé par l’application.
Ce que prend en charge la solidarité nationale, en France
En France, la prestation de compensation du handicap finance généralement 75% du prix d’achat de la plupart des aides à la communication alternative et améliorée, sous réserve d’un accord de la maison départementale des personnes handicapées. En 2021, une sénatrice a interrogé le gouvernement sur des refus répétés, par certaines maisons départementales, de financer ces outils, alors que les personnes concernées ne bénéficient souvent que de deux séances de quarante-cinq minutes d’orthophonie par semaine. La secrétaire d’État chargée des personnes handicapées avait alors annoncé vouloir généraliser la démarche de CAA.
Ce taux de 75% laisse malgré tout un reste à charge pour les familles, une fois l’accord obtenu. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie a par ailleurs financé, en 2022, six projets d’équipement de lieux ressources en aides techniques de CAA, pour un montant total de 576 288 euros, chaque porteur de projet pouvant recevoir jusqu’à 100 000 euros. Le but de ce dispositif est de permettre à une personne de tester un matériel avant de l’acheter ou de s’engager dans un apprentissage, plutôt que de choisir uniquement sur catalogue.
Ce que prend en charge l’assurance maladie, aux États-Unis
Aux États-Unis, Medicare classe les dispositifs de génération de parole comme du matériel médical durable, financé sous plusieurs codes de facturation dédiés. La prise en charge suppose une évaluation par un orthophoniste, une consultation médicale qui établit la nécessité du dispositif, et une commande écrite avant toute livraison. Avant 2015, la réglementation ne permettait qu’une location de ces appareils, plafonnée dans le temps. La loi dite Steve Gleason Act a ouvert, cette année-là, la possibilité d’un achat direct, signe que ces dispositifs étaient jusque-là traités comme trop coûteux pour un achat simple.
Ce que change la gratuité
Un prix sur devis, un taux de prise en charge de 75%, une évaluation médicale préalable : chacune de ces étapes retarde l’accès à un outil de communication, parfois de plusieurs mois. Un outil accessible immédiatement dans un navigateur, sans achat, sans dossier à déposer et sans compte à créer, retire ce délai pour une famille qui découvre le besoin du jour au lendemain.
Le même délai pèse sur une école qui accueille un nouvel élève en cours d’année, ou sur un service qui reçoit une personne qui ne parle pas la langue du pays : aucun de ces contextes ne laisse le temps d’attendre une évaluation, une commande, ou une livraison. La gratuité ne remplace pas un dispositif dédié dans les situations qui en ont réellement besoin, mais elle retire l’attente là où un simple accès suffit.
| Solution | Prix ou prise en charge |
|---|---|
| Application de CAA sur tablette (Proloquo2Go) | 299,99 dollars ou 299,99 euros, en achat unique |
| Dispositif dédié à commande oculaire (exemple : Tobii Dynavox) | Prix communiqué sur devis auprès du fabricant uniquement |
| Aide technique de CAA en France | 75% du prix pris en charge par la PCH, sous accord de la MDPH |
| Dispositif de génération de parole aux États-Unis | Pris en charge par Medicare comme matériel médical durable, sous conditions |
| Words Within Reach | Gratuit, sans compte, sans dossier préalable |
Aucun de ces montants ne mesure la valeur du besoin qu’un outil de communication vient couvrir. Ils mesurent seulement la distance, parfois longue, entre ce besoin et le moment où une personne obtient enfin un moyen de dire ce qu’elle a à dire.
Sources
- Devices - assistive communication solutions, Tobii Dynavox.
- Proloquo2Go, AssistiveWare.
- Amélioration de la prise en charge financière des appareils de communication alternative améliorée, question écrite n° 21071758S, Sénat.
- Constitution de parcs d’aides techniques pour la communication alternative et améliorée, CNSA.
- Medicare Coverage Policy on Speech-Generating Devices, American Speech-Language-Hearing Association (ASHA).
Cet article est publié sous licence CC BY 4.0 : copiez-le, traduisez-le, republiez-le en citant l’ODERSA.