Présenter un tableau de communication pour la première fois
Le premier contact avec un tableau de communication compte autant que l’outil lui-même. Une présentation posée, sans test ni précipitation, ouvre une porte que des habitudes bien intentionnées referment souvent trop vite.
Un tableau de communication ne se devine pas. Pour un proche, un patient ou un élève qui n’en a jamais vu, le premier contact avec l’outil compte autant que l’outil lui-même. Une présentation maladroite peut faire naître un rejet durable, alors qu’une présentation posée ouvre une porte qui reste ensuite plus facile à franchir. La façon de montrer l’outil décide souvent davantage de son avenir que l’outil en lui-même, quel que soit le nombre d’images qu’il porte.
Une posture avant un geste
Avant tout geste, la personne qui présente l’outil gagne à partir du principe que la personne en face comprend plus qu’elle ne peut actuellement le montrer. L’ASHA, l’association américaine d’orthophonie et d’audiologie, rappelle qu’aucun prérequis cognitif n’est nécessaire à l’usage de la CAA, qu’une compétence cognitive altérée n’empêche pas la communication, et que les services de CAA doivent suivre une politique de non-exclusion. Cette position change la manière de parler à la personne, de la regarder, et de lui laisser une vraie place dans l’échange, avant même que le tableau ne soit posé sur la table.
Trois contextes, une même attention
Le contexte change la manière dont l’outil peut apparaître pour la première fois, sans changer l’attention qu’il demande. À la maison, un proche l’introduit souvent dans un moment de vie ordinaire, autour d’un repas ou d’un jeu, sans étiquette de séance. Auprès d’un patient, un soignant dispose de moins de temps, mais peut s’appuyer sur un besoin immédiat et concret, comme désigner une douleur ou exprimer une gêne. Devant un élève, un enseignant profite d’un cadre déjà structuré par la classe, à condition de veiller à ce que le tableau ne devienne pas un exercice noté parmi d’autres.
Le geste, étape par étape
Le geste suit un ordre, et cet ordre a son importance : chaque étape prépare la suivante, et en sauter une rend les autres moins efficaces.
- Choisir un moment calme, sans urgence ni public, pour la première présentation.
- Poser le tableau à la vue et à la portée de la personne, pas seulement de l’aidant.
- Montrer une image en la nommant à voix haute, sans exiger de réponse immédiate.
- Observer ce que la personne regarde ou désigne, et le nommer à son tour.
- Laisser un silence de plusieurs secondes après chaque échange avant de relancer.
- Reprendre l’outil dans des moments variés du quotidien, plutôt que dans une seule séance.
Ce qu’il ne faut pas faire
Certaines habitudes, pourtant bien intentionnées, freinent l’installation de l’outil. Elles se glissent facilement dans une relation d’aide, précisément parce qu’elles viennent d’un souci d’efficacité ou de protection.
- Transformer la présentation en test ou en évaluation de la personne.
- Parler à la place de la personne dès qu’un silence s’installe.
- Presser la personne ou répéter la question de plus en plus fort.
- Retirer le tableau au premier signe d’hésitation ou de refus apparent.
- Limiter les échanges à des questions fermées, qui appellent seulement oui ou non.
Modéliser plutôt qu’exiger
La méthode la plus recommandée par les professionnels de la CAA porte un nom précis, la stimulation par le langage assisté. Elle consiste, pour le partenaire de communication, à montrer lui-même les images du tableau en parlant, sans demander à la personne de faire de même immédiatement. Une ressource spécialisée en CAA résume ainsi l’idée : modéliser sans attente de résultat, c’est-à-dire toucher une image sans exiger que la personne la reprenne ensuite, et modéliser de façon régulière, dans des contextes variés.
Une étude de cas publiée en 2024 dans la revue Therapeutic Advances in Rare Disease illustre cette progressivité. Avant toute séance formelle, l’équipe vérifie que la personne peut déjà faire un choix entre deux objets par le seul regard. Les accompagnants reçoivent ensuite une démonstration par un orthophoniste spécialisé en CAA, avant d’introduire eux-mêmes seulement quatre nouvelles images toutes les une à deux séances, pour éviter la fatigue et le rejet du système. Chaque image est nommée à voix haute pendant que le tableau reste visible, et l’outil s’intègre aux activités quotidiennes, la toilette, le repas ou les loisirs, plutôt qu’à des séances formelles séparées.
Le temps laissé à la personne pour réagir joue un rôle à part. Une ressource spécialisée en CAA relève qu’un temps d’attente pouvant aller jusqu’à quarante-cinq secondes aide les personnes à prendre davantage la parole et à utiliser plus de mots qu’un échange précipité. Ce temps sert à trois choses : signaler que c’est le tour de la personne, lui laisser traiter ce qui vient d’être dit, et lui laisser la possibilité d’y répondre.
La patience du partenaire de communication compte autant que la qualité du tableau qu’il tient entre les mains.
Cette façon de présenter l’outil ne change pas selon que l’on est un proche à la maison, un soignant auprès d’un patient ou un enseignant devant un élève. La posture, le geste et le temps laissé restent les mêmes ; seul le contexte varie, et c’est cette constance qui rend l’outil reconnaissable d’un lieu à l’autre.
Sources
- Augmentative and Alternative Communication (AAC), American Speech-Language-Hearing Association (ASHA).
- Successful use of an eye gaze AAC communication board by a young adult with advanced Sanfilippo Syndrome (MPS IIIA): Case report, Therapeutic Advances in Rare Disease, 2024.
- Communication partner skills for AAC learners, AssistiveWare.
- Do’s and Don’ts of AAC : Wait time, AssistiveWare.
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