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Quand la parole manque à l’hôpital

Une personne intubée en réanimation ou une personne aphasique après un accident vasculaire cérébral peut se retrouver sans moyen de parler, alors même que le besoin de dire reste entier. La recherche a commencé à documenter ce que cela change, pour la personne comme pour ceux qui l’entourent.

À l’hôpital, la parole peut manquer sans prévenir. Une personne intubée en réanimation ne peut plus produire de son avec ses cordes vocales. Une personne aphasique après un accident vasculaire cérébral peut avoir du mal à trouver ses mots, à les enchaîner ou à comprendre ceux qu’on lui adresse. Dans les deux cas, le besoin de dire une douleur, une gêne ou une question ne disparaît pas avec la voix.

Pourquoi la parole manque

La parole demande que l’air passe par les cordes vocales et les fasse vibrer. Un tube d’intubation traverse justement ce passage pour amener l’air jusqu’aux poumons : pendant qu’il est en place, la personne ne peut pas parler, rappelle la Cleveland Clinic, un centre hospitalier universitaire américain. Une trachéotomie, posée quand l’intubation se prolonge au-delà de quelques jours, déplace le passage de l’air mais ne rend pas non plus la parole immédiatement disponible.

L’aphasie qui suit un accident vasculaire cérébral relève d’une autre origine : une zone du cerveau qui traite le langage est atteinte, ce qui touche la production de la parole, sa compréhension, ou les deux à la fois. La bibliothèque Cochrane, un réseau international qui synthétise la recherche en santé, relève qu’environ un tiers des personnes qui survivent à un accident vasculaire cérébral développent une aphasie.

Ces deux situations diffèrent par leur durée. Une intubation dure le temps d’un séjour en réanimation : la parole redevient mécaniquement possible dès que le tube est retiré. Une aphasie relève d’une atteinte cérébrale dont la durée varie d’une personne à l’autre, ce qui justifie qu’un moyen de communiquer reste disponible aussi longtemps que nécessaire, sans limite fixée à l’avance.

Ce que montre la recherche en réanimation

Une étude d’observation menée dans un service de réanimation générale d’un hôpital australien, portant sur 87 patients, situe à environ un tiers la part des personnes qui rencontrent une difficulté de communication pendant leur séjour. Une revue plus récente, publiée en 2025 dans la revue Nursing in Critical Care, rapporte une répartition plus fine issue de cette recherche : 28% des patients qui ne peuvent pas parler rencontrent une difficulté légère, 23% une difficulté modérée, et 49% une difficulté extrême.

Ce que montre la recherche après un accident vasculaire cérébral

Une revue Cochrane portant sur 57 essais et plus de 3000 participants conclut que la prise en charge orthophonique apporte un bénéfice net et mesurable sur la communication fonctionnelle, la lecture, l’écriture et le langage oral, comparée à l’absence de traitement. Les auteurs notent aussi qu’une rééducation plus intensive, avec des séances plus nombreuses et plus longues, obtient de meilleurs résultats sur la communication fonctionnelle, au prix d’un abandon plus fréquent du traitement en cours de route.

Une étude publiée en 2022 dans l’International Journal of Community Medicine and Public Health a mesuré l’effet d’un tableau de communication chez des patients aphasiques hospitalisés. Avant l’usage du tableau, 90% des patients avaient un mode de communication jugé faible. Après son introduction, cette proportion tombait à 10%, tandis que 46,7% des patients atteignaient un mode de communication jugé bon et 43,3% un mode jugé modéré, une différence que les auteurs qualifient de statistiquement significative.

Ce que cela change pour l’équipe et les proches

Pour une équipe soignante, un outil de communication change la nature de l’échange avec une personne qui ne parle pas : il permet de vérifier une douleur, un besoin ou une compréhension sans devoir deviner. Pour les proches, il retire une partie de l’incertitude qui pèse sur chaque visite. La revue de 2025 citée plus haut relève que l’absence d’un tel outil complique le travail des équipes autant que le vécu des patients et de leurs familles, les trois groupes décrivant l’impossibilité de parler comme une difficulté majeure du séjour.

Concrètement, un tableau de communication permet à une personne de désigner une échelle de douleur, de signaler une soif ou une position inconfortable, ou de poser une question simple avant un geste de soin, plutôt que de le subir sans le comprendre. Aucune de ces situations n’exige un appareil sophistiqué : une planche imprimée, tenue par un proche ou affichée au-dessus du lit, suffit à ouvrir cet échange.

Cet article décrit ce que rapportent des études publiées sur la communication en milieu hospitalier. Il ne constitue ni un avis médical, ni un conseil de soin, ni une indication sur l’état de santé d’une personne. Toute décision de soin relève de l’équipe médicale qui suit la personne concernée.

Un tableau de communication, papier ou numérique, ne remplace aucun soin : il donne seulement à la personne un moyen de dire ce qu’elle ne peut plus formuler à voix haute, pour toute la durée où la parole manque, qu’il s’agisse de quelques jours ou de plusieurs mois.

Sources

Cet article est publié sous licence CC BY 4.0 : copiez-le, traduisez-le, republiez-le en citant l’ODERSA.

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